Si Beethoven savait…
- Par: Le blog de Clémentine Autain
- Le: 04.04.2008 16:18:40
- Dans: Parti Socialiste
- [ Article original ]
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Voici ma chronique des Matins de France Culture que j’ai réalisée hier. Vous pouvez aussi la réécouter en cliquant ici. A très bientôt.
Clémentine
La polémique vient de Belgique et elle est arrivée chez nous autour du 1er avril… mais ce n’est malheureusement pas une blague ! Un petit boîtier qui répand des ultra-sons uniquement perceptibles par [...] ...
Voici ma chronique des Matins de France Culture que j’ai réalisée hier. Vous pouvez aussi la réécouter en cliquant ici. A très bientôt.
Clémentine
La polémique vient de Belgique et elle est arrivée chez nous autour du 1er avril… mais ce n’est malheureusement pas une blague ! Un petit boîtier qui répand des ultra-sons uniquement perceptibles par les moins de 25 ans est en voie de commercialisation en Europe. Objectif, original et proprement hallucinant : faire fuir les ados qui zonent. Le discret appareil émet des sons super aigus et à une fréquence très élevée, au-delà de 15.000 hertz – seuil à partir duquel les adultes n’entendent plus (vous pouvez faire le test sur Internet). Normalement, au bout de 10 minutes près du boîtier, les jeunes pètent les plombs et sont contraints de décamper. Le boîtier s’appelle « Mosquito » et il est déjà utilisé par 4.000 commerçants en Grande-Bretagne ou dans certaines écoles aux Pays-Bas. La polémique est arrivée il y a quelques semaines d’une petite ville près de Liège où une banque voulait installer un « Mosquito » sur sa façade. Devant le tollé suscité, la banque a du renoncer. Chez nous, c’est l’entreprise IBP-France qui se charge de vendre le boîtier, rebaptisé « Beethoven » pour des raisons marketing. Et si l’on en croit Le Parisien d’hier, une cinquantaine de bailleurs privés seraient en passe d’être équipés. Le marché a vocation à se développer auprès des syndics de co-propriété mais aussi des collectivités. Sauf que… L’affaire provoque une forte indignation, l’engin fait l’unanimité contre lui. Les risques potentiels en terme de santé public sont pointés mais on conteste surtout la logique : discriminante, ouvertement et violemment « anti-jeunes ».
Relance Ali Baddou : ça rappelle l’utilisation par le Maire d’Argenteuil du « Malodore », non ?
Oui, George Mothron voulait chasser les sans abris à coups de spray aux mauvaises odeurs… Mais il avait dû remballer sa marchandise devant la polémique. Bref ! Le bruit et l’odeur… On connaît la chanson. De tels procédés sont tout simplement contraires à un respect élémentaire des droits humains et des libertés publiques. Mais si l’on n’y prend pas garde, le seul objet de la polémique – le « Mosquito » ou « Beethoven », comme vous voulez - risque de masquer la mécanique de fond. La question des rassemblements de jeunes, dans les halls d’immeuble notamment, n’est pas nouvelle et les remèdes répressifs reviennent souvent sur le tapis. Il y a quelques années, le Parlement avait décidé de pénaliser le squat en bas des cages d’escalier. Un échec. Au lieu de prendre sans cesse le parti pris de la répression, il vaudrait peut-être mieux s’interroger sur les raisons de cette présence : les jeunes ont-ils des lieux pour se réunir ? Pourquoi ces rassemblements s’observent-ils particulièrement dans les quartiers populaires ? Pourquoi certains jeunes dégradent-ils les espaces publics ? Qu’est-ce qu’ils expriment par ces gestes et ont –ils d’autres moyens d’être entendus ? Au lieu de mettre toujours plus d’argent pour se barricader derrière toujours plus de digicodes, de systèmes biométriques et autres boîtiers sonores (et de constater inlassablement que ça ne suffit pas), il vaudrait mieux promouvoir le dialogue, recruter des intervenants pour prévenir et gérer les conflits, reconsidérer la gestion des territoires. Car le Mosquito disparu, les ressorts du recours à cette solution extrême subsisteront. Souvenez-vous du débat sur les tests ADN qu’une partie de la droite voulaient imposer aux sans-papiers pour vérifier la paternité : la forte mobilisation a permis un recul sur ce point mais, pendant ce temps-là, tout le reste de la loi très répressif à l’égard des étrangers, franchissant même des paliers inquiétants de flicage et de xénophobie, a été voté. Or, derrière l’appareil « répulsif à jeunes », il y a la montagne des politiques qui, de racaille en Karsher, de CPE en centres éducatifs fermés, stigmatise. L’apparition du « Mosquito » révèle une société qui traite mal sa jeunesse et qui met plus généralement à mal nos libertés.
Relance Ali Baddou : On peut aussi imaginer que le tollé suscité ne conduise pas à l’arrêt de l’utilisation du « Mosquito » ?
Tout à fait ! C’est d’ailleurs ce qui est arrivé avec la vidéosurveillance. La première installation publique avait fait grand bruit. La polémique avait démarré à Levallois. On entendait partout alors : « Mais comment peut-on installer des caméras pour surveiller les gens ? » ; « quelle atteinte à la vie privée ! » ; « C’est évidemment une mairie bien réac qui a fait ça ! »… La bronca était au rendez-vous. Moralité : aujourd’hui, la vidéosurveillance est entrée dans nos mœurs. Les communes qui filment la voie publique étaient 60 fin 1999 et plus de 600 fin 2006, soit une augmentation de 1000% en moins d’une décennie : c’est ce que j’ai appris dans un livre qui vient tout juste de paraître aux éditions La découverte sous la direction de Laurent Mucchielli et qui s’appelle La frénésie sécuritaire. Retour à l’ordre et nouveau contrôle social. Même des mairies de gauche, et parfois même très à gauche, ont recours à la vidéosurveillance. Nous avons l’art de zapper d’un sujet à l’autre, d’oublier vite. Et de faiblir sur des enjeux aussi fondamentaux que nos libertés.
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