Raoul Hedebouw
- Par: Le Pan
- Le: 01.04.2008 12:20:40
- Dans: Politique
- [ Article original ]
- Commentaires: 0
Profession : Porte-parole du PTB
Age : 30 ans
Signes particuliers : Tête de gondole des cocos rentrés dans le rang, Raoul n’en oublie ses fondamentaux, quitte à prêcher dans le désert.
Serez-vous sincère pendant cette interview ?
Je suis toujours sincère. Je n’ai rien à cacher !
Vous travaillez exclusivement pour le PTB ?
A la [...] ...
Profession : Porte-parole du PTB
Age : 30 ans
Signes particuliers : Tête de gondole des cocos rentrés dans le rang, Raoul n’en oublie ses fondamentaux, quitte à prêcher dans le désert.
Serez-vous sincère pendant cette interview ?
Je suis toujours sincère. Je n’ai rien à cacher !
Vous travaillez exclusivement pour le PTB ?
A la base, je suis botaniste et j’ai été prof de science en secondaire pendant deux ans. Je suis à temps plein au PTB depuis 2004, à moitié porte-parole et à moitié secrétaire politique pour Liège.
En quoi consiste la récente mue du PTB ?
On veut être un parti beaucoup plus concret. Le PTB avait ce problème de venir avec énormément de messages sociétaux qui ne pouvaient pas être compris par les gens, c’était trop au-dessus de leur tête. Donc maintenant, à travers des petits combats quotidiens, on veut apporter une autre vision sociétaire.
Un PTB plus concret, ça veut dire du Test-Achats ?
On ne défend pas uniquement ceux qui sont les consommateurs. Avant tout, le PTB est un parti qui défend les travailleurs. Il y a une différence sociologique importante. Nous, on croit que c’est au niveau de la production qu’on doit changer les choses et pas au niveau de la consommation.
Où vous situez-vous ? Extrême-gauche ? Gauche radicale ?
Le PTB est un parti à « gauche de la gauche ». On rejette cette étiquette d’extrémiste et le mot « radical » ne traduit pas bien et fait peur aux gens. Cette radicalité fait comme si on était hors de la norme. Or, je trouve que le PTB est justement dans la norme sociale, c’est plutôt les autres partis qui évoluent vers la droite et qui font que nous restons un peu sur le côté, d’une manière un peu marginale, mais nos idées ne le sont pas du tout. Un thème pour lequel je suis très sensible, c’est l’accès, pour la population, aux informations. Le gros problème du PTB, c’est ça aujourd’hui. Si on avait un système médiatique français, je suis convaincu qu’on pourrait, sans trop de problème, obtenir 4-5 % d’électorat.
Mais vous n’avez pas les moyens médiatiques des « gros » partis…
On veut faire plus d’efforts au niveau de la communication, mais il faut rester réaliste. Le budget électoral pour le parti, pour une élection comme les fédérales de 2007, c’est, au niveau national, 60 000 €. A Liège, 6 000 ! C’est ce qu’un candidat, tout seul, a dans un autre parti. La démocratie aurait tout à gagner à permettre aux plus petites listes de venir exposer leurs idées. Il suffit de voir le système en France : un parti comme la Ligue communiste révolutionnaire d’Olivier Besancenot compte 3000 membres. Le PTB, c’est 3 100 membres pour une population six fois plus petite. Pourtant, Besancenot à accès aux médias et ce qu’on voit, c’est que ça redynamise à fond le débat politique en France…
Mais ça donne aussi accès à Marine Le Pen…
Sur le débat de l’extrême droite, il y a suffisamment de lois pour leur interdire l’accès aux médias. Je suis pour qu’on interdise l’accès à des partis qui font de la propagande raciste. La loi Moureaux existe !
Pour justifier son échec, le PS pointait notamment la droitisation de l’Europe. Pourtant, aux Pays-Bas, en Allemagne, à Chypre etc., la gauche de la gauche revient !
En Europe, il y a une polarisation qui se fait. Il y a réellement une faillite des deux grandes idéologies du XXe siècle : la libérale et la social-démocrate. C’est le PS, quand il était au gouvernement, qui a voté Bolkestein, la libéralisation de la Poste… On comprend que ça c’est fait malgré eux.
La social-démocratie n’est qu’une porte d’entrée cachée vers le libéralisme économique ?
Aujourd’hui, elle prend cette orientation-là. Et dans ce sens, il y a effectivement un créneau qui s’ouvre pour avoir une gauche de la gauche qui prend cette place et qui ne la laisse pas à l’extrême droite. On voit, dans certains pays, que si elle n’arrive pas à prendre cette place-là, c’est l’extrême droite qui s’en charge.
Comment se fait-il que dans une Wallonie que l’on dit historiquement à gauche, avec un passé ouvrier aussi fort que les pays dans lesquels ça marche, la gauche de la gauche n’arrive pas à percer ?
Il y a trois raisons. D’une part, il y a une hyper-dominance du Parti socialiste qui a complètement occupé le terrain. Ensuite, il y a le système médiatique qui est très conservateur, au sens « conserver » du terme. Par exemple, à la RTBF, on donne les minutes, pour les partis politiques, par rapport aux résultats qu’ils ont eu et pas à ceux qu’ils pourraient avoir. Au lieu de dire « on met tout le monde sur la même ligne de départ, et les électeurs choisiront eux-mêmes ». Les électeurs ne sont pas des cons ! Et puis, on doit aussi balayer devant notre propre porte. La gauche de la gauche a ce manque à gagner d’être trop dogmatique et de ne pas savoir parler aux gens avec un langage simple.
Historiquement, le PTB était réputé comme très dogmatique, jusqu’à défendre Staline, Mao et parfois des réalités un peu moins claires et démocratiques…
Il y a eu une évolution au sein du PTB, de ne pas toujours se repositionner par rapport à des expériences historiques ou dans d’autres pays. Le PTB n’est pas maoïste, pas staliniste,…il est PTBiste. Sur l’idéologie, on s’inspire du marxisme et aujourd’hui, on reconfirme ce type d’analyse. Il suffit de voir la crise économique aux Etats-Unis, la pensée de Marx est d’une très grande actualité. C’est aux Russes, aux Chinois, de faire le bilan de leur histoire. Le PTB doit arrêter d’être un parti qui va faire cette leçon, un peu moralisateur. On est un parti en Belgique, en 2008, et le PTB a un projet d’avenir pour ce pays. Une société possible si on respecte « les gens d’abord, pas le profit ».
La « gauche de la gauche » a une fâcheuse propension à se disperser en différentes officines. Est-ce que ça ne vous empêche pas aussi de faire de meilleurs scores ?
Il y a deux éléments. D’abord, le seul parti qui a des allures un peu nationales et qui a des élus communaux, c’est le PTB. Globalement, il y a une certaine faiblesse de la gauche plurielle. On ne peut pas faire un parallélisme avec l’Allemagne, la France, où les différentes composantes de la gauche représentent quelque chose de la réalité. Deuxièmement, c’est clair que la gauche de la gauche doit plus discuter ensemble. Même si ces dernières années, on avance beaucoup sur ce point.
Vous avez eu quelques erreurs de parcours, notamment en vous alliant avec Abouh Jajah…
Effectivement, c’était une connerie. Elle partait d’une bonne intention. La guerre en Irak venait de commencer. L’idée était de faire un front avec tous les gens qui étaient contre cette guerre. Et notamment une tendance nationaliste arabe qui était représentée par Abouh Jajah, qui lui était laïc. Le problème, c’est que toute la composante sociale en Belgique était de notre côté dans ce programme. Et puis ça été une initiative qui a été tout-à-fait à l’encontre de notre propre base de parti. Là, ça a été une grande leçon de manque de démocratie pour le PTB, pour laquelle on a voulu tirer toutes les leçons. On ne veut pas refaire une deuxième fois ce genre d’erreur. La crise qui a émané au sein de la délégation du PTB, vient évidemment de cet échec électoral.
Vous êtes assez bien représentés à la FGTB, certains disent que vous noyautez le syndicat, voire même que vous le radicalisez…
Tous les partis travaillent dans les syndicats. Ils ont des influences de partout, mais du parti socialiste surtout. Ce ne sont sûrement pas des organismes neutres. Une autre chose, c’est que le PTB, dans le passé, était beaucoup trop à l’encontre de son syndicat, alors qu’il faut soutenir le syndicalisme en Belgique car c’est la dernière organisation de travailleurs qui fait encore un peu rempart à la vague libérale. Le conflit de Clabecq est, à nos yeux, un conflit exemplaire, qui refusait la fatalité. D’Orazio a été l’un des derniers grands combats dont on doit s’inspirer. Je sens de plus en plus d’ouverture au sein des rangs syndicaux, qu’ils soient CSC ou FGTB, envers les idées du PTB.
Le PTB est, avec Vivant, le dernier parti national. Pourquoi ?
En Belgique, 70% des lois sont d’inspiration de l’Union européenne. Donc qu’on régionalise, qu’on provincialise… on peut faire ce qu’on veut, ce sera de toute façon cette politique libérale qu’on veut mettre en application. Dans les divergences entre partis wallons et partis flamands, c’est uniquement sur la méthode qu’on est en contradiction. La divergence, elle ne se trouve pas au niveau de « quelle mesure appliquer ? », mais « à quel niveau les appliquer ? ». Pour nous, si on soutient la Belgique, c’est pas pour le roi – on est des républicains convaincus –, c’est pas pour l’équipe nationale ! C’est surtout que derrière cette régionalisation, on veut détruire tous les mécanismes de solidarité que les travailleurs ont mis en place après la Deuxième Guerre mondiale.
Pourtant, historiquement, c’est dans le mouvement ouvrier et des travailleurs qu’on trouve une forte propension à la réflexion wallonne…
C’est une grosse erreur. Ça me frappe, aujourd’hui, de voir des tendances de gauche défendre au nom d’une certaine unité régionale wallonne un plan libéral comme le Plan Marshall. Idéologiquement, il y a une grosse discussion à avoir au niveau de la gauche wallonne, à savoir que ce régionalisme prend le pas sur une identité de travailleur.
Pour ou contre une (re-)nationalisation de services publics privatisés ?
C’est clairement le projet de société du PTB. On veut une re-nationalisation de l’ensemble des services publics et même aller plus loin. Les grands secteurs économiques doivent être soumis à l’avis démocratique des travailleurs. Aujourd’hui, la main invisible du marché régule les prix au niveau de l’alimentation. L’offre et la demande font que les petites alimentations explosent. Je ne comprends pas comment on peut laisser dans les mains du marché des secteurs aussi cruciaux que les produits alimentaires, pharmaceutiques, les services élémentaires de soins de santé, de transports… Alors qu’on n’a jamais autant produit dans le monde, on n’a jamais eu autant de gens qui ont faim.
Votre grand ennemi est le MR. Que lui reprochez-vous fondamentalement ?
Surtout de faire une politique « pour le profit d’abord et pas pour les gens », ce qui est le slogan inversé du PTB. Il suffit de voir avec les intérêts notionnels : les bénéfices des entreprises ont explosé en Belgique, le retour aux actionnaires n’a jamais été aussi élevé et le retour pour les travailleurs n’a jamais été aussi faible. C’est une ineptie complète de donner encore plus de cadeaux à ces entreprises. Et dans ce sens-là, la politique du ministre Reynders est assez symbolique. Je suis pour la création d’emplois, mais qu’on l’utilise alors de manière stable et durable.
Pour ou contre une régularisation massive des sans-papiers ?
On soutient, tout comme Ecolo, les revendications de l’UDEP. Il faut applaudir la structuration du mouvement des sans-papiers qui, il y a dix ans encore, était un mouvement beaucoup plus flou. L’UDEP veut des critères de régularisation clairs pour éviter l’anarchie totale. On critique aussi une certaine hypocrisie par rapport à cette immigration économique où, finalement, on va faire venir tous ceux qui arrangent notre économie et tous les autres peuvent rester dehors ! Il faut se dire que le problème des sans-papiers, on ne peut pas le résoudre au niveau national. Ça pose cette question des déséquilibres au niveau mondial. Dans notre société qui prône le libéralisme, on voit des pays africains ou d’Amérique latine qui introduisent des barrières douanières pour protéger leur économie et puis des organismes mondiaux qui l’interdisent en vue de leurs propres intérêts. On a un double langage qui est vraiment doté d’une hypocrisie complète. On constate qu’il n’y a aucune envie de la part des Occidentaux que ces pays sortent de la misère.
PS ou Ecolo ?
Ecolo, même s’il y a une divergence avec eux pour le moment car ils acceptent fondamentalement tous les principes d’économie de marché. Et donc la marge de manœuvre, au point de vue écologique, me semble très minime. Mais bon, Ecolo se trouve très peu dans des organes exécutifs et donc n’a pas voté de lois antisociales. Contrairement au PS.
Est-ce qu’il y a, dans d’autres partis, des personnalités politiques qui vous plaisent ?
J’ai énormément de respect pour Josy Dubié. C’est quelqu’un de terrain, qu’on rencontre dans différents combats comme pour les sans-papiers ou contre la criminalisation des organisations sociales par l’évolution de la législation.
Si vous devez faire un commentaire impertinent à Elio Di Rupo ?
Il doit être plus conséquent avec ses actes, s’il pense sincèrement que 95% de son programme a été repris dans l’accord de gouvernement, je suis très fier avec le PTB de pouvoir remplir les 5% restants…
Age : 30 ans
Signes particuliers : Tête de gondole des cocos rentrés dans le rang, Raoul n’en oublie ses fondamentaux, quitte à prêcher dans le désert.
Serez-vous sincère pendant cette interview ?
Je suis toujours sincère. Je n’ai rien à cacher !
Vous travaillez exclusivement pour le PTB ?
A la base, je suis botaniste et j’ai été prof de science en secondaire pendant deux ans. Je suis à temps plein au PTB depuis 2004, à moitié porte-parole et à moitié secrétaire politique pour Liège.
En quoi consiste la récente mue du PTB ?
On veut être un parti beaucoup plus concret. Le PTB avait ce problème de venir avec énormément de messages sociétaux qui ne pouvaient pas être compris par les gens, c’était trop au-dessus de leur tête. Donc maintenant, à travers des petits combats quotidiens, on veut apporter une autre vision sociétaire.
Un PTB plus concret, ça veut dire du Test-Achats ?
On ne défend pas uniquement ceux qui sont les consommateurs. Avant tout, le PTB est un parti qui défend les travailleurs. Il y a une différence sociologique importante. Nous, on croit que c’est au niveau de la production qu’on doit changer les choses et pas au niveau de la consommation.
Où vous situez-vous ? Extrême-gauche ? Gauche radicale ?
Le PTB est un parti à « gauche de la gauche ». On rejette cette étiquette d’extrémiste et le mot « radical » ne traduit pas bien et fait peur aux gens. Cette radicalité fait comme si on était hors de la norme. Or, je trouve que le PTB est justement dans la norme sociale, c’est plutôt les autres partis qui évoluent vers la droite et qui font que nous restons un peu sur le côté, d’une manière un peu marginale, mais nos idées ne le sont pas du tout. Un thème pour lequel je suis très sensible, c’est l’accès, pour la population, aux informations. Le gros problème du PTB, c’est ça aujourd’hui. Si on avait un système médiatique français, je suis convaincu qu’on pourrait, sans trop de problème, obtenir 4-5 % d’électorat.
Mais vous n’avez pas les moyens médiatiques des « gros » partis…
On veut faire plus d’efforts au niveau de la communication, mais il faut rester réaliste. Le budget électoral pour le parti, pour une élection comme les fédérales de 2007, c’est, au niveau national, 60 000 €. A Liège, 6 000 ! C’est ce qu’un candidat, tout seul, a dans un autre parti. La démocratie aurait tout à gagner à permettre aux plus petites listes de venir exposer leurs idées. Il suffit de voir le système en France : un parti comme la Ligue communiste révolutionnaire d’Olivier Besancenot compte 3000 membres. Le PTB, c’est 3 100 membres pour une population six fois plus petite. Pourtant, Besancenot à accès aux médias et ce qu’on voit, c’est que ça redynamise à fond le débat politique en France…
Mais ça donne aussi accès à Marine Le Pen…
Sur le débat de l’extrême droite, il y a suffisamment de lois pour leur interdire l’accès aux médias. Je suis pour qu’on interdise l’accès à des partis qui font de la propagande raciste. La loi Moureaux existe !
Pour justifier son échec, le PS pointait notamment la droitisation de l’Europe. Pourtant, aux Pays-Bas, en Allemagne, à Chypre etc., la gauche de la gauche revient !
En Europe, il y a une polarisation qui se fait. Il y a réellement une faillite des deux grandes idéologies du XXe siècle : la libérale et la social-démocrate. C’est le PS, quand il était au gouvernement, qui a voté Bolkestein, la libéralisation de la Poste… On comprend que ça c’est fait malgré eux.
La social-démocratie n’est qu’une porte d’entrée cachée vers le libéralisme économique ?
Aujourd’hui, elle prend cette orientation-là. Et dans ce sens, il y a effectivement un créneau qui s’ouvre pour avoir une gauche de la gauche qui prend cette place et qui ne la laisse pas à l’extrême droite. On voit, dans certains pays, que si elle n’arrive pas à prendre cette place-là, c’est l’extrême droite qui s’en charge.
Comment se fait-il que dans une Wallonie que l’on dit historiquement à gauche, avec un passé ouvrier aussi fort que les pays dans lesquels ça marche, la gauche de la gauche n’arrive pas à percer ?
Il y a trois raisons. D’une part, il y a une hyper-dominance du Parti socialiste qui a complètement occupé le terrain. Ensuite, il y a le système médiatique qui est très conservateur, au sens « conserver » du terme. Par exemple, à la RTBF, on donne les minutes, pour les partis politiques, par rapport aux résultats qu’ils ont eu et pas à ceux qu’ils pourraient avoir. Au lieu de dire « on met tout le monde sur la même ligne de départ, et les électeurs choisiront eux-mêmes ». Les électeurs ne sont pas des cons ! Et puis, on doit aussi balayer devant notre propre porte. La gauche de la gauche a ce manque à gagner d’être trop dogmatique et de ne pas savoir parler aux gens avec un langage simple.
Historiquement, le PTB était réputé comme très dogmatique, jusqu’à défendre Staline, Mao et parfois des réalités un peu moins claires et démocratiques…
Il y a eu une évolution au sein du PTB, de ne pas toujours se repositionner par rapport à des expériences historiques ou dans d’autres pays. Le PTB n’est pas maoïste, pas staliniste,…il est PTBiste. Sur l’idéologie, on s’inspire du marxisme et aujourd’hui, on reconfirme ce type d’analyse. Il suffit de voir la crise économique aux Etats-Unis, la pensée de Marx est d’une très grande actualité. C’est aux Russes, aux Chinois, de faire le bilan de leur histoire. Le PTB doit arrêter d’être un parti qui va faire cette leçon, un peu moralisateur. On est un parti en Belgique, en 2008, et le PTB a un projet d’avenir pour ce pays. Une société possible si on respecte « les gens d’abord, pas le profit ».
La « gauche de la gauche » a une fâcheuse propension à se disperser en différentes officines. Est-ce que ça ne vous empêche pas aussi de faire de meilleurs scores ?
Il y a deux éléments. D’abord, le seul parti qui a des allures un peu nationales et qui a des élus communaux, c’est le PTB. Globalement, il y a une certaine faiblesse de la gauche plurielle. On ne peut pas faire un parallélisme avec l’Allemagne, la France, où les différentes composantes de la gauche représentent quelque chose de la réalité. Deuxièmement, c’est clair que la gauche de la gauche doit plus discuter ensemble. Même si ces dernières années, on avance beaucoup sur ce point.
Vous avez eu quelques erreurs de parcours, notamment en vous alliant avec Abouh Jajah…
Effectivement, c’était une connerie. Elle partait d’une bonne intention. La guerre en Irak venait de commencer. L’idée était de faire un front avec tous les gens qui étaient contre cette guerre. Et notamment une tendance nationaliste arabe qui était représentée par Abouh Jajah, qui lui était laïc. Le problème, c’est que toute la composante sociale en Belgique était de notre côté dans ce programme. Et puis ça été une initiative qui a été tout-à-fait à l’encontre de notre propre base de parti. Là, ça a été une grande leçon de manque de démocratie pour le PTB, pour laquelle on a voulu tirer toutes les leçons. On ne veut pas refaire une deuxième fois ce genre d’erreur. La crise qui a émané au sein de la délégation du PTB, vient évidemment de cet échec électoral.
Vous êtes assez bien représentés à la FGTB, certains disent que vous noyautez le syndicat, voire même que vous le radicalisez…
Tous les partis travaillent dans les syndicats. Ils ont des influences de partout, mais du parti socialiste surtout. Ce ne sont sûrement pas des organismes neutres. Une autre chose, c’est que le PTB, dans le passé, était beaucoup trop à l’encontre de son syndicat, alors qu’il faut soutenir le syndicalisme en Belgique car c’est la dernière organisation de travailleurs qui fait encore un peu rempart à la vague libérale. Le conflit de Clabecq est, à nos yeux, un conflit exemplaire, qui refusait la fatalité. D’Orazio a été l’un des derniers grands combats dont on doit s’inspirer. Je sens de plus en plus d’ouverture au sein des rangs syndicaux, qu’ils soient CSC ou FGTB, envers les idées du PTB.
Le PTB est, avec Vivant, le dernier parti national. Pourquoi ?
En Belgique, 70% des lois sont d’inspiration de l’Union européenne. Donc qu’on régionalise, qu’on provincialise… on peut faire ce qu’on veut, ce sera de toute façon cette politique libérale qu’on veut mettre en application. Dans les divergences entre partis wallons et partis flamands, c’est uniquement sur la méthode qu’on est en contradiction. La divergence, elle ne se trouve pas au niveau de « quelle mesure appliquer ? », mais « à quel niveau les appliquer ? ». Pour nous, si on soutient la Belgique, c’est pas pour le roi – on est des républicains convaincus –, c’est pas pour l’équipe nationale ! C’est surtout que derrière cette régionalisation, on veut détruire tous les mécanismes de solidarité que les travailleurs ont mis en place après la Deuxième Guerre mondiale.
Pourtant, historiquement, c’est dans le mouvement ouvrier et des travailleurs qu’on trouve une forte propension à la réflexion wallonne…
C’est une grosse erreur. Ça me frappe, aujourd’hui, de voir des tendances de gauche défendre au nom d’une certaine unité régionale wallonne un plan libéral comme le Plan Marshall. Idéologiquement, il y a une grosse discussion à avoir au niveau de la gauche wallonne, à savoir que ce régionalisme prend le pas sur une identité de travailleur.
Pour ou contre une (re-)nationalisation de services publics privatisés ?
C’est clairement le projet de société du PTB. On veut une re-nationalisation de l’ensemble des services publics et même aller plus loin. Les grands secteurs économiques doivent être soumis à l’avis démocratique des travailleurs. Aujourd’hui, la main invisible du marché régule les prix au niveau de l’alimentation. L’offre et la demande font que les petites alimentations explosent. Je ne comprends pas comment on peut laisser dans les mains du marché des secteurs aussi cruciaux que les produits alimentaires, pharmaceutiques, les services élémentaires de soins de santé, de transports… Alors qu’on n’a jamais autant produit dans le monde, on n’a jamais eu autant de gens qui ont faim.
Votre grand ennemi est le MR. Que lui reprochez-vous fondamentalement ?
Surtout de faire une politique « pour le profit d’abord et pas pour les gens », ce qui est le slogan inversé du PTB. Il suffit de voir avec les intérêts notionnels : les bénéfices des entreprises ont explosé en Belgique, le retour aux actionnaires n’a jamais été aussi élevé et le retour pour les travailleurs n’a jamais été aussi faible. C’est une ineptie complète de donner encore plus de cadeaux à ces entreprises. Et dans ce sens-là, la politique du ministre Reynders est assez symbolique. Je suis pour la création d’emplois, mais qu’on l’utilise alors de manière stable et durable.
Pour ou contre une régularisation massive des sans-papiers ?
On soutient, tout comme Ecolo, les revendications de l’UDEP. Il faut applaudir la structuration du mouvement des sans-papiers qui, il y a dix ans encore, était un mouvement beaucoup plus flou. L’UDEP veut des critères de régularisation clairs pour éviter l’anarchie totale. On critique aussi une certaine hypocrisie par rapport à cette immigration économique où, finalement, on va faire venir tous ceux qui arrangent notre économie et tous les autres peuvent rester dehors ! Il faut se dire que le problème des sans-papiers, on ne peut pas le résoudre au niveau national. Ça pose cette question des déséquilibres au niveau mondial. Dans notre société qui prône le libéralisme, on voit des pays africains ou d’Amérique latine qui introduisent des barrières douanières pour protéger leur économie et puis des organismes mondiaux qui l’interdisent en vue de leurs propres intérêts. On a un double langage qui est vraiment doté d’une hypocrisie complète. On constate qu’il n’y a aucune envie de la part des Occidentaux que ces pays sortent de la misère.
PS ou Ecolo ?
Ecolo, même s’il y a une divergence avec eux pour le moment car ils acceptent fondamentalement tous les principes d’économie de marché. Et donc la marge de manœuvre, au point de vue écologique, me semble très minime. Mais bon, Ecolo se trouve très peu dans des organes exécutifs et donc n’a pas voté de lois antisociales. Contrairement au PS.
Est-ce qu’il y a, dans d’autres partis, des personnalités politiques qui vous plaisent ?
J’ai énormément de respect pour Josy Dubié. C’est quelqu’un de terrain, qu’on rencontre dans différents combats comme pour les sans-papiers ou contre la criminalisation des organisations sociales par l’évolution de la législation.
Si vous devez faire un commentaire impertinent à Elio Di Rupo ?
Il doit être plus conséquent avec ses actes, s’il pense sincèrement que 95% de son programme a été repris dans l’accord de gouvernement, je suis très fier avec le PTB de pouvoir remplir les 5% restants…
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