Paso Doble n°53 : Analyse économique du marché religieux
- Par: Toreador
- Le: 26.02.2008 14:43:56
- Dans: Politique
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A las cinco de la tarde…
Guelfes et Gibelins
Scientologie sans conscience n’est que La polémique quelque peu ridicule qui a éclaté sur les propos de la directrice de cabinet du président de la République dissimule mal le fossé grandissant entre les Guelfes, ceux qui sont favorables au rôle de la religion en société (dont font [...] ...
A las cinco de la tarde…
Guelfes et Gibelins Scientologie sans conscience n’est que La polémique quelque peu ridicule qui a éclaté sur les propos de la directrice de cabinet du président de la République dissimule mal le fossé grandissant entre les Guelfes, ceux qui sont favorables au rôle de la religion en société (dont font notamment parti les grenouilles de bénitier comme Emmanuelle Mignon) et les Gibelins, qui se méfient de tout opium du peuple et sont en réalité franchement anti-cléricaux.
Or, derrière le problème des sectes, il y a en réalité deux questions, même si le débat public maintient l’ambiguïté en cachant la seconde derrière la première. Les sectes renvoient tout d’abord à une problématique d’ordre public (la protection de personnes faibles contre des gourous de toutes sortes) mais pas seulement. Car l’autre question, que personne ne se risque à traiter, est : faut-il laisser apparaître de nouvelles religions ?
Comme le dit le bon mot, “une religion est une secte qui a prospéré”. On notera que de tout temps, les religions en place (et les pouvoirs qui leur étaient alliés) ont cherché à écraser les sectes diverses et hérésies qui menaçaient leur hégémonie. Le Judaïsme tenta d’étouffer l’hérésie chrétienne. Les Chrétiens brulèrent les cathares. Les catholiques combattirent les protestants. Les sunnites menèrent une guerre sans merci aux chiites et aux kharijdites. Et je ne parle même pas du culte d’Aton.
Concurrence pure et parfaite & Cartel Essayons donc de considérer la religion comme un marché comme un autre. On y produit de l’espérance, c’est à dire un peu d’opium pour tenir au jour le jour. La religion est également une industrie protectrice de normes.
L’attitude actuelle française consiste à verrouiller le marché pour éviter de nouveaux entrants. Cela s’appelle un Cartel. Voilà pourquoi l‘Eglise catholique ne veut pas d’une révision de la loi de 1905 qui favoriserait surtout l’islam, PME aujourd’hui et demain peut-être grande entreprise du marché religieux français si on la laisse trouver des capitaux frais.
En cela, elle rejoint, dans une alliance contre-nature, ceux qui voudraient faire baisser la consommation de produits religieux, considérés comme nocive pour la santé de la société. Ceci passe par un numerus clausus du nombre d’acteurs (la lutte contre les sectes). En effet, c’est connu en économie : un accroissement de l’offre entraîne un accroissement de la demande et donc un élargissement du public consommateur. Ce dont les anti-cléricaux ne veulent surtout pas.
Notons qu‘aux Etats-Unis, c’est l’inverse : la concurrence pure et parfaite règne. En URSS, la prohibition du produit de consommation religieux a quant à elle conduit à des trafics, puis à un contournement des règles, jusqu’à leur suppression.
Analogies Ce qui est étrange, c’est que cette mise sous tutelle drastique du marché religieux contraste avec d’autres marchés totalement dérèglementés. Prenons ,au hasard, le marché bancaire et financier. La succession des crises (Crédit Lyonnais, Barings, Bank of Illinois, Société générale) montre bien que les acteurs ne sont pas suffisamment contrôlés avec des répercussions bien réelles en termes de trouble à l’ordre public (ruine possible des épargnants, et effet domino) et sur la santé de la société toute-entière (une crise financière crée du désespoir).
Or, pourtant, personne ne semble véritablement pester contre cette absence totale de check-points. Pas de “mission de vigilance contre les dérives bancaires”, par exemple, qui serait chargée d’éradiquer les comportements dangereux sur les produits dérivés.
Le risque d’abus de produits religieux est-il véritablement plus dangereux que le risque d’abus de produits financiers ? Le premier est plus difficile à quantifier, mais ce qui est certain, c’est que le second est plus immédiat et plus concret. Curieux pays où l’on réglemente très fortement les risques théoriques et où on laisse la bride abattue sur les marchés qui dysfonctionnent concrètement.
Vous avez dit cartésien ?
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