Le capitalisme des copains et des coquins

Je suis surpris que mes confrères n’aient pas davantage insisté sur un fait qui en dit plus qu’un long discours sur les dérives du capitalisme à la française. Le 24 janvier, la Société générale a donc annoncé qu’elle a été... ...

Je suis surpris que mes confrères n’aient pas davantage insisté sur un fait qui en dit plus qu’un long discours sur les dérives du capitalisme à la française. Le 24 janvier, la Société générale a donc annoncé qu’elle a été victime de manipulations indélicates de l’un de ses employés qui lui ont coûté la bagatelle de 5 milliards d’euros. Dans la foulée, Daniel Bouton, son PDG (photo, DR), annonce, avec un sens du sacrifice et de la responsabilité digne d’un D’Artagnan qu’il a immédiatement présenté sa démission au Conseil d’administration…qui l’a refusé. Il renoncera quand même à son bonus 2007 et ne sera pas payé pendant quelques mois (plus de 3 millions d’euros l’an). Mais, qu’on se rassure, il doit avoir quelques économies…

En revanche, pas de pitié pour les sous-fifres. Le trader indélicat a été mis à pied, c’est bien le moins. Mais le ménage ne fait que commencer : « les cadres, y compris les cadres dirigeants, responsables de la supervision et des contrôles des opérations concernées quittent leurs fonctions », a déjà annoncé le chevalier blanc Daniel Bouton dans une lettre publiée dans la presse française vendredi. Et là, pas de conseil d’administration pour les supplier de rester.

En France, ainsi vont les choses. Aux États-Unis, capitalisme rime avec responsabilité, surtout des dirigeants. Quand une bourde est commise, ils peuvent même passer le reste de leur vie derrière les barreaux : la justice se montre aussi impitoyable avec un puissant qu’avec un voleur de sac à main. Pas en France : pourquoi ferait-on des misères à nos « capitaines d’industrie », dont beaucoup sont issus de l’ENA, comme l’inspecteur des finances Daniel Bouton ?

D’ailleurs, histoire de ne pas avoir de problème, on peuple son conseil d administration d’anciens énarques rencontrés dans les cabinets ministériels et de patrons amis (photo: SG). Et comme on est soi-même membre de conseil d’administration d’autres entreprises (Bouton est administrateur de Total et de Veolia environnement), on ne se cherche pas de petites bêtes entre gens du même monde, ne sait-on jamais. Tout ce petit monde s’autoprotége, mais sait se montrer impitoyable avec les lampistes qui ne retrouveront pas facilement du travail. Et ce n’est pas la très dure (je plaisante) justice française qui va changer quoi que ce soit. Le rapport avec l’Europe ? Aucun, justement. Ce libéralisme-là, il est hexagonal.




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