Guy Milcamps
- Par: Le Pan
- Le: 17.03.2008 11:31:25
- Dans: Politique
- [ Article original ]
- Commentaires: 0
Profession : Député (wallon) – bourgmestre de Ciney (PS)
Age : 57 ans
Signes particuliers : Il est libre, Guy, y en a même qui disent qu’ils l’ont vu planer…
« Busquin était plus humain »
Pourquoi faites-vous de la politique ?
D’abord peut-être par lignée familiale : mon père et mon grand-père étaient militants au [...] ...
Profession : Député (wallon) – bourgmestre de Ciney (PS)
Age : 57 ans
Signes particuliers : Il est libre, Guy, y en a même qui disent qu’ils l’ont vu planer…
« Busquin était plus humain »
Pourquoi faites-vous de la politique ?
D’abord peut-être par lignée familiale : mon père et mon grand-père étaient militants au PS et au syndicat, et j’ai vécu les grandes grèves de 61 avec mon père qui était chemin-de-ferriste, et c’est peut-être à cette époque-là que j’ai eu, avec les discussions en famille, une prise de conscience. Puis j’ai été aux réunions du parti avec mon père, et je me suis affilié à 16 ans.
Vous présidez la commission des Affaires générales du Parlement wallon. A quoi sert-elle ?
C’est une commission un peu particulière parce que c’est celle du Ministre-président, qui peut être utilisée pour organiser des débats plus généraux, plus transversaux, plutôt que de les inscrire dans des nouvelles commissions. Comme le débat institutionnel qu’on va enfin avoir – ça fait trois ans que j’en proposais un –, mais qui aura lieu dans une nouvelle commission. Je vois bien que certains, dont mon voisin et ami Willy Borsus (MR), préfèrent créer des commissions spéciales plutôt que d’utiliser celle des Affaires générales, histoire peut-être d’éviter de m’offrir trop de visibilité.
Les libéraux en font trop, dans l’opposition au Parlement ?
Je pense, oui. Ils font feu de tout bois mais finalement, on ne fait plus la différence entre l’essentiel et l’accessoire et à force d’intervenir sur tout, on ne réfléchit plus sur rien. Evidemment, ils font un bon travail médiatique, mais je ne pense pas que les gens récompensent forcément ceux qu’on voit tout le temps.
Depuis la saga des absences de quorum au Parlement, plusieurs députés souhaitent faire un travail cathartique sur son fonctionnement…
Ils ont raison ! Et c’est d’ailleurs désormais lancé : on vient de créer une petite commission qui revoit le règlement d’ordre intérieur. Mais je ne crois pas que ça pourra aboutir en cette fin de législature, il vaut mieux attendre le début de la suivante, c’est moins difficile pour obtenir des accords. Mais toute cette discussion est révélatrice du fonctionnement du Parlement wallon, qui est en fait pour l’instant un super-conseil provincial. Ce qui implique par exemple du sous-localisme qui est inacceptable quand il n’y a pas vraiment d’intérêt général.
Vous faites partie des cosignataires de la récente Carte blanche régionaliste initiée par Christophe Collignon. Pourquoi avoir signé ce texte ?
Parce que le débat est nécessaire ! On est en train de surfer sur le résultat de trente-quarante ans de combat régionaliste wallon, mais que je sache, on n’a toujours pas obtenu un fédéralisme à trois régions ! Et on est train, avec des réflexions à la Uyttendaele, de complexifier les institutions et de les refaire à l’envers !
La Carte blanche réclamait même la régionalisation des matières communautaires ?
Bien sûr ! Il faut avoir l’audace de le dire aujourd’hui : on ne peut s’identifier aussi à une région qu’à travers la Culture, l’Enseignement, le Sport, etc., ces matières qui nous échappent actuellement. Il faut que ces matières reviennent à la Région wallonne et, quand ça s’indique, qu’on les cogère via un comité de concertation avec Bruxelles comme ça existe déjà pour d’autres matières entre toutes les entités. De même, pourquoi le parti n’installerait-il par exemple pas un siège officiel à Namur ? Dans un cadre fédéral, c’est totalement cohérent !
Vous n’étiez que six cosignataires : d’autres n’osent pas sortir du bois ?
Je pense que celui ou celle qui ne pense pas ça ne doit pas se présenter sur des listes pour la Région wallonne, c’est aussi clair que ça ! Mais il y a aussi le problème des partis, et du PS en particulier : on n’organise plus de congrès pour discuter de ces choses, pour connaître les aspirations des militants et des mandataires ! Di Rupo fait actuellement le tour de la Wallonie avec des professeurs d’université pour débattre de l’avenir institutionnel du pays, mais c’est d’abord au sein du parti qu’on devrait avoir une réflexion ! Aujourd’hui, il y a un déficit démocratique au sein du parti, une absence de débat qui un jour pourra se payer de nouveau cash, parce qu’on va démotiver les militants.
Vous avez été longtemps député provincial : les provinces ont-elles encore un rôle dans l’Etat fédéral ?
Oui, si elles sont utilisées autrement, parce qu’elles sont proches et que le pouvoir de proximité, c’est l’oxygène de la démocratie. Donc, les communes et les provinces peuvent jouer un rôle important comme pouvoir de décentralisation mais pas de déconcentration : aujourd’hui, la Région wallonne conçoit encore beaucoup de ses politiques en fonction du découpage provincial, mais elle confie aux provinces des missions administratives tout en leur retirant leur pouvoir politique. Or, les mandataires sont comptables devant leur opinion publique, pas les fonctionnaires. Donc je pense que les provinces ne se sauveront que si on leur confie des matières transversales : au niveau culturel par exemple, quand une commune ferme les robinets (parce que c’est là qu’on fait les premières économies communales), c’est la province qui pallie ! Mais je crois qu’on est prêt pour une réforme des provinces, on le sent.
En octobre 2006, vous êtes devenu bourgmestre un peu par surprise…
Oui, ça s’est passé la nuit des élections : visiblement, le cdH avait un accord avec le MR et le soir même, j’avais accepté officiellement ce choix à la télévision locale, puis à 23h30, les Ecolos m’ont appelé pour m’expliquer qu’ils s’alliaient avec le cdH contre le MR et qu’ils souhaitaient un Olivier, ce qui me propulsait bourgmestre !
On vous dit pote avec tout le monde. Vous n’avez pas d’ennemi ?
Non, je crois qu’on fait de la politique par engagement pour les projets mais pas contre quelqu’un. C’est une question d’idées et pas d’hommes, ils n’en sont que les vecteurs. Il faut savoir entendre d’autres vérités que les siennes.
Il y a quand même une personne qui vous en a voulu longtemps, c’est Richard Fournaux, qui vous avait même assigné en Justice à propos de l’histoire du casino de Dinant…
Oui, il me voyait à la tête d’un complot contre lui ! Ca a trainé huit ans, et j’ai été acquitté. Je ne lui en veux pas pour autant, au contraire j’ai beaucoup de pitié pour lui : c’est un homme qui est acculé et qui a essayé d’allumer beaucoup de contre-feux autour de lui pour installer le brouillard dans son propre dossier. Mais quand je le vois, je lui dis bonjour.
On dit souvent que les ennemis en politique sont à chercher dans son propre parti et, récemment, Jean-Claude Delizée a poussé Jean-Claude Maene à se faire élire président de la fédération PS de Dinant-Philippeville à la place de Maurice Bayenet, pour que Maene vous pique la tête de liste aux régionales…
Probablement. Mais comme député sortant et considérant que Maurice Bayenet a déjà signalé qu’il ne se représenterait pas, je pense que j’ai une légitimité, également comme seul député-bourgmestre de l’arrondissement.
Ça va se passer comment ? Par poll ?
En général on n’en fait pas dans l’arrondissement, on arrive à un accord. Maintenant s’il y a un poll, il est fort probable que je sois battu, parce qu’à la différence de Maene et Delizée qui ont des USC très fournies, je ne suis pas un apparatchik qui cherche à faire un maximum d’affiliations ; or c’est ce nombre qui compte dans un poll. Donc j’espère qu’on trouvera un arrangement entre nous. Elio Di Rupo nous a demandé de régler ça au plus tôt, histoire de ne pas s’affronter en pleine période électorale.
Vous ne craignez pas un renversement d’alliance communale avec les fameuses motions de défiance qui pourraient intervenir en juin ?
Je crois qu’il n’y a aucun risque, parce que c’est une alliance qui fonctionne bien, au sein de laquelle chacun possède son autonomie et contrairement à Cheffert, je ne suis pas un bourgmestre qui impose ses vues ; c’est la dialogue en permanence. Chacun a la visibilité qu’il veut avoir, comme par exemple mon excellent échevin Ecolo de l’Urbanisme et de la Jeunesse, Patrick Dupriez – j’espère qu’il occupera un jour des fonctions au-delà du communal –, qui communique très facilement, qui un blog, etc., je trouve ça très bien. Si les autres ne savent pas le faire ou si moi je le fais moins bien que lui, c’est notre problème, pas le sien. Et je pense que les échevins peuvent tout à fait remplacer le bourgmestre dans les représentations officielles. Moi, je n’ai pas envie de tuer ma vie sociale, j’ai besoin d’avoir de l’oxygène en privé.
Un dernier point sur la commune : vous faites vos permanences de 6 à 8h du matin, pourquoi ? Pour que ceux qui demandent un service le méritent vraiment ?
D’abord parce que ça arrange les gens – sauf les personnes âgées avec qui on transige – : pour ceux qui travaillent, ça évite de devoir prendre une demi-journée de congé. Mais aussi pour le mériter comme vous dites, surtout vis-à-vis de ceux qui cherchent du boulot : je pense qu’il faut savoir se lever ! Hier, ma secrétaire me dit qu’un jeune de 19 ans veut me voir mais ne veut pas venir tôt le matin ! Eh bien, il ne me verra pas !
Vous avez un ministre préféré au gouvernement wallon ?
Au niveau humain ou de la volonté de progresser, c’est Philippe Courard, parce qu’il n’est pas orgueilleux, qu’il est proche des parlementaires… Marc Tarabella, aussi.
On a parfois l’impression qu’il n’a pas les mains libres pour dire ou faire tout ce qu’il voudrait…
Sûrement ! Je pense qu’il y a parfois une ligne de conduite qui lui est imposée – et qui échappe aux parlementaires – et c’est vrai que dans pas mal de dossiers, je pense qu’il aurait voulu aller plus loin dans les réformes. Mais bon, il y a des choix qui sont pris au niveau du parti plutôt qu’au Parlement… Je pense qu’il en souffre parfois, et ça lui arrive d’ailleurs de le dire à mots couverts.
Elio Di Rupo ou Rudy Demotte ?
Demotte, parce qu’il a le temps et qu’il a fait de la Ministre-présidence son affaire personnelle, il s’y investit. Alors que Di Rupo avait pas mal de mandats qui l’obligeaient à faire des choix dans l’importance qu’il donnait à la Région. Mais Elio a le charisme nécessaire pour être président, c’est un communicateur.
Philippe Busquin ou Guy Spitaels ?
Philippe Busquin, pour son côté plus humain. Un président, ce n’est pas que l’intelligence. Il prenait du temps pour le contact humain – ce n’est pas du temps perdu !
Si Elio Di Rupo quittait la présidence aujourd’hui, qui pourrait le remplacer ?
C’est une question embarrassante parce que, justement, faute d’avoir les congrès qu’il faudrait, on ne parvient plus à voir quelles sont les personnalités qui sortent du lot, on n’a même plus de visibilité sur les hommes qui animent le parti, le président étouffe un peu l’ensemble des militants. Or, j’ai connu une époque où des gens comme Demotte ou comme Picqué sont sortis du lot, émergeaient. Au moins, on sentait comment se dessinait l’avenir du parti. Aujourd’hui, à part deux-trois qui passent à la télévision, on ne sait pas dire qui sort du lot. Et je crois que c’est un peu court de dire Laurette Onkelinx parce qu’elle passe à la télévision, ou Paul Magnette parce que c’est le nouveau joker qu’on a sorti d’un chapeau.
Jean-Claude Marcourt ou Michel Daerden ?
Michel Daerden. Pour l’intelligence, ils se valent tous les deux, mais je vois Daerden un peu comme Philippe Courard, proche des gens. C’est une valeur sûre. Et je crois que s’il n’y avait pas les reproches qu’on lui fait, il serait peut-être encore plus important au niveau du parti. Il n’a qu’un seul défaut pour moi, c’est d’être trop Liégeois.
Serge Kubla ou Bernard Wesphael ?
Serge Kubla sans hésiter, pour sa qualité de tribun. Je le considère d’ailleurs pour l’instant comme le parlementaire qui marque le plus, il est écouté, il a du fond, il a une capacité d’improvisation extraordinaire… C’est d’ailleurs malheureux qu’il soit dans l’opposition. C’aurait été mieux qu’on ait un gouvernement d’union régionale, dans la période qu’on traverse pour l’instant, parce qu’il y a une sorte de perte d’énergie à laisser dans l’opposition des talents qui pourraient servir la Wallonie. Evidemment, ça ferait des ministres en moins pour le PS ou le cdH, mais c’est ça qu’il faut assumer.
Eliane Tillieux ou Jean-Charles Luperto ?
Peut-être Eliane pour la fraîcheur. C’est quelqu’un qui est arrivé à la politique sans préoccupation de carrière, qui fait ça par conviction et par idéal. Je ne dis pas que Jean-Charles ne le fait pas par conviction et par idéal, mais on sent plus chez lui le souhait de bâtir une véritable carrière politique, avec ce que ça représente parfois comme problèmes.
Quelle est la plus grosse erreur de votre carrière ?
Probablement de ne pas être suffisamment combatif ; je suis peut-être trop consensuel, et pour faire une véritable carrière politique il faut être un peu belliqueux.
Si vous devez adresser un commentaire impertinent à Elio Di Rupo…
Je pense qu’il n’a pas réussi à faire suffisamment vivre le parti…
C’est encore rattrapable ?
Je crois que ce ne sera plus possible avec lui, parce qu’il est comme il est. Mais après, oui. L’arrivée prochaine d’une nouvelle présidente ou d’un nouveau président pourrait le permettre. Mais ici, on vient de connaître des années avec un régime présidentiel plutôt qu’un véritable brainstorming permanent.
Age : 57 ans
Signes particuliers : Il est libre, Guy, y en a même qui disent qu’ils l’ont vu planer…
« Busquin était plus humain »
Pourquoi faites-vous de la politique ?
D’abord peut-être par lignée familiale : mon père et mon grand-père étaient militants au PS et au syndicat, et j’ai vécu les grandes grèves de 61 avec mon père qui était chemin-de-ferriste, et c’est peut-être à cette époque-là que j’ai eu, avec les discussions en famille, une prise de conscience. Puis j’ai été aux réunions du parti avec mon père, et je me suis affilié à 16 ans.
Vous présidez la commission des Affaires générales du Parlement wallon. A quoi sert-elle ?
C’est une commission un peu particulière parce que c’est celle du Ministre-président, qui peut être utilisée pour organiser des débats plus généraux, plus transversaux, plutôt que de les inscrire dans des nouvelles commissions. Comme le débat institutionnel qu’on va enfin avoir – ça fait trois ans que j’en proposais un –, mais qui aura lieu dans une nouvelle commission. Je vois bien que certains, dont mon voisin et ami Willy Borsus (MR), préfèrent créer des commissions spéciales plutôt que d’utiliser celle des Affaires générales, histoire peut-être d’éviter de m’offrir trop de visibilité.
Les libéraux en font trop, dans l’opposition au Parlement ?
Je pense, oui. Ils font feu de tout bois mais finalement, on ne fait plus la différence entre l’essentiel et l’accessoire et à force d’intervenir sur tout, on ne réfléchit plus sur rien. Evidemment, ils font un bon travail médiatique, mais je ne pense pas que les gens récompensent forcément ceux qu’on voit tout le temps.
Depuis la saga des absences de quorum au Parlement, plusieurs députés souhaitent faire un travail cathartique sur son fonctionnement…
Ils ont raison ! Et c’est d’ailleurs désormais lancé : on vient de créer une petite commission qui revoit le règlement d’ordre intérieur. Mais je ne crois pas que ça pourra aboutir en cette fin de législature, il vaut mieux attendre le début de la suivante, c’est moins difficile pour obtenir des accords. Mais toute cette discussion est révélatrice du fonctionnement du Parlement wallon, qui est en fait pour l’instant un super-conseil provincial. Ce qui implique par exemple du sous-localisme qui est inacceptable quand il n’y a pas vraiment d’intérêt général.
Vous faites partie des cosignataires de la récente Carte blanche régionaliste initiée par Christophe Collignon. Pourquoi avoir signé ce texte ?
Parce que le débat est nécessaire ! On est en train de surfer sur le résultat de trente-quarante ans de combat régionaliste wallon, mais que je sache, on n’a toujours pas obtenu un fédéralisme à trois régions ! Et on est train, avec des réflexions à la Uyttendaele, de complexifier les institutions et de les refaire à l’envers !
La Carte blanche réclamait même la régionalisation des matières communautaires ?
Bien sûr ! Il faut avoir l’audace de le dire aujourd’hui : on ne peut s’identifier aussi à une région qu’à travers la Culture, l’Enseignement, le Sport, etc., ces matières qui nous échappent actuellement. Il faut que ces matières reviennent à la Région wallonne et, quand ça s’indique, qu’on les cogère via un comité de concertation avec Bruxelles comme ça existe déjà pour d’autres matières entre toutes les entités. De même, pourquoi le parti n’installerait-il par exemple pas un siège officiel à Namur ? Dans un cadre fédéral, c’est totalement cohérent !
Vous n’étiez que six cosignataires : d’autres n’osent pas sortir du bois ?
Je pense que celui ou celle qui ne pense pas ça ne doit pas se présenter sur des listes pour la Région wallonne, c’est aussi clair que ça ! Mais il y a aussi le problème des partis, et du PS en particulier : on n’organise plus de congrès pour discuter de ces choses, pour connaître les aspirations des militants et des mandataires ! Di Rupo fait actuellement le tour de la Wallonie avec des professeurs d’université pour débattre de l’avenir institutionnel du pays, mais c’est d’abord au sein du parti qu’on devrait avoir une réflexion ! Aujourd’hui, il y a un déficit démocratique au sein du parti, une absence de débat qui un jour pourra se payer de nouveau cash, parce qu’on va démotiver les militants.
Vous avez été longtemps député provincial : les provinces ont-elles encore un rôle dans l’Etat fédéral ?
Oui, si elles sont utilisées autrement, parce qu’elles sont proches et que le pouvoir de proximité, c’est l’oxygène de la démocratie. Donc, les communes et les provinces peuvent jouer un rôle important comme pouvoir de décentralisation mais pas de déconcentration : aujourd’hui, la Région wallonne conçoit encore beaucoup de ses politiques en fonction du découpage provincial, mais elle confie aux provinces des missions administratives tout en leur retirant leur pouvoir politique. Or, les mandataires sont comptables devant leur opinion publique, pas les fonctionnaires. Donc je pense que les provinces ne se sauveront que si on leur confie des matières transversales : au niveau culturel par exemple, quand une commune ferme les robinets (parce que c’est là qu’on fait les premières économies communales), c’est la province qui pallie ! Mais je crois qu’on est prêt pour une réforme des provinces, on le sent.
En octobre 2006, vous êtes devenu bourgmestre un peu par surprise…
Oui, ça s’est passé la nuit des élections : visiblement, le cdH avait un accord avec le MR et le soir même, j’avais accepté officiellement ce choix à la télévision locale, puis à 23h30, les Ecolos m’ont appelé pour m’expliquer qu’ils s’alliaient avec le cdH contre le MR et qu’ils souhaitaient un Olivier, ce qui me propulsait bourgmestre !
On vous dit pote avec tout le monde. Vous n’avez pas d’ennemi ?
Non, je crois qu’on fait de la politique par engagement pour les projets mais pas contre quelqu’un. C’est une question d’idées et pas d’hommes, ils n’en sont que les vecteurs. Il faut savoir entendre d’autres vérités que les siennes.
Il y a quand même une personne qui vous en a voulu longtemps, c’est Richard Fournaux, qui vous avait même assigné en Justice à propos de l’histoire du casino de Dinant…
Oui, il me voyait à la tête d’un complot contre lui ! Ca a trainé huit ans, et j’ai été acquitté. Je ne lui en veux pas pour autant, au contraire j’ai beaucoup de pitié pour lui : c’est un homme qui est acculé et qui a essayé d’allumer beaucoup de contre-feux autour de lui pour installer le brouillard dans son propre dossier. Mais quand je le vois, je lui dis bonjour.
On dit souvent que les ennemis en politique sont à chercher dans son propre parti et, récemment, Jean-Claude Delizée a poussé Jean-Claude Maene à se faire élire président de la fédération PS de Dinant-Philippeville à la place de Maurice Bayenet, pour que Maene vous pique la tête de liste aux régionales…
Probablement. Mais comme député sortant et considérant que Maurice Bayenet a déjà signalé qu’il ne se représenterait pas, je pense que j’ai une légitimité, également comme seul député-bourgmestre de l’arrondissement.
Ça va se passer comment ? Par poll ?
En général on n’en fait pas dans l’arrondissement, on arrive à un accord. Maintenant s’il y a un poll, il est fort probable que je sois battu, parce qu’à la différence de Maene et Delizée qui ont des USC très fournies, je ne suis pas un apparatchik qui cherche à faire un maximum d’affiliations ; or c’est ce nombre qui compte dans un poll. Donc j’espère qu’on trouvera un arrangement entre nous. Elio Di Rupo nous a demandé de régler ça au plus tôt, histoire de ne pas s’affronter en pleine période électorale.
Vous ne craignez pas un renversement d’alliance communale avec les fameuses motions de défiance qui pourraient intervenir en juin ?
Je crois qu’il n’y a aucun risque, parce que c’est une alliance qui fonctionne bien, au sein de laquelle chacun possède son autonomie et contrairement à Cheffert, je ne suis pas un bourgmestre qui impose ses vues ; c’est la dialogue en permanence. Chacun a la visibilité qu’il veut avoir, comme par exemple mon excellent échevin Ecolo de l’Urbanisme et de la Jeunesse, Patrick Dupriez – j’espère qu’il occupera un jour des fonctions au-delà du communal –, qui communique très facilement, qui un blog, etc., je trouve ça très bien. Si les autres ne savent pas le faire ou si moi je le fais moins bien que lui, c’est notre problème, pas le sien. Et je pense que les échevins peuvent tout à fait remplacer le bourgmestre dans les représentations officielles. Moi, je n’ai pas envie de tuer ma vie sociale, j’ai besoin d’avoir de l’oxygène en privé.
Un dernier point sur la commune : vous faites vos permanences de 6 à 8h du matin, pourquoi ? Pour que ceux qui demandent un service le méritent vraiment ?
D’abord parce que ça arrange les gens – sauf les personnes âgées avec qui on transige – : pour ceux qui travaillent, ça évite de devoir prendre une demi-journée de congé. Mais aussi pour le mériter comme vous dites, surtout vis-à-vis de ceux qui cherchent du boulot : je pense qu’il faut savoir se lever ! Hier, ma secrétaire me dit qu’un jeune de 19 ans veut me voir mais ne veut pas venir tôt le matin ! Eh bien, il ne me verra pas !
Vous avez un ministre préféré au gouvernement wallon ?
Au niveau humain ou de la volonté de progresser, c’est Philippe Courard, parce qu’il n’est pas orgueilleux, qu’il est proche des parlementaires… Marc Tarabella, aussi.
On a parfois l’impression qu’il n’a pas les mains libres pour dire ou faire tout ce qu’il voudrait…
Sûrement ! Je pense qu’il y a parfois une ligne de conduite qui lui est imposée – et qui échappe aux parlementaires – et c’est vrai que dans pas mal de dossiers, je pense qu’il aurait voulu aller plus loin dans les réformes. Mais bon, il y a des choix qui sont pris au niveau du parti plutôt qu’au Parlement… Je pense qu’il en souffre parfois, et ça lui arrive d’ailleurs de le dire à mots couverts.
Elio Di Rupo ou Rudy Demotte ?
Demotte, parce qu’il a le temps et qu’il a fait de la Ministre-présidence son affaire personnelle, il s’y investit. Alors que Di Rupo avait pas mal de mandats qui l’obligeaient à faire des choix dans l’importance qu’il donnait à la Région. Mais Elio a le charisme nécessaire pour être président, c’est un communicateur.
Philippe Busquin ou Guy Spitaels ?
Philippe Busquin, pour son côté plus humain. Un président, ce n’est pas que l’intelligence. Il prenait du temps pour le contact humain – ce n’est pas du temps perdu !
Si Elio Di Rupo quittait la présidence aujourd’hui, qui pourrait le remplacer ?
C’est une question embarrassante parce que, justement, faute d’avoir les congrès qu’il faudrait, on ne parvient plus à voir quelles sont les personnalités qui sortent du lot, on n’a même plus de visibilité sur les hommes qui animent le parti, le président étouffe un peu l’ensemble des militants. Or, j’ai connu une époque où des gens comme Demotte ou comme Picqué sont sortis du lot, émergeaient. Au moins, on sentait comment se dessinait l’avenir du parti. Aujourd’hui, à part deux-trois qui passent à la télévision, on ne sait pas dire qui sort du lot. Et je crois que c’est un peu court de dire Laurette Onkelinx parce qu’elle passe à la télévision, ou Paul Magnette parce que c’est le nouveau joker qu’on a sorti d’un chapeau.
Jean-Claude Marcourt ou Michel Daerden ?
Michel Daerden. Pour l’intelligence, ils se valent tous les deux, mais je vois Daerden un peu comme Philippe Courard, proche des gens. C’est une valeur sûre. Et je crois que s’il n’y avait pas les reproches qu’on lui fait, il serait peut-être encore plus important au niveau du parti. Il n’a qu’un seul défaut pour moi, c’est d’être trop Liégeois.
Serge Kubla ou Bernard Wesphael ?
Serge Kubla sans hésiter, pour sa qualité de tribun. Je le considère d’ailleurs pour l’instant comme le parlementaire qui marque le plus, il est écouté, il a du fond, il a une capacité d’improvisation extraordinaire… C’est d’ailleurs malheureux qu’il soit dans l’opposition. C’aurait été mieux qu’on ait un gouvernement d’union régionale, dans la période qu’on traverse pour l’instant, parce qu’il y a une sorte de perte d’énergie à laisser dans l’opposition des talents qui pourraient servir la Wallonie. Evidemment, ça ferait des ministres en moins pour le PS ou le cdH, mais c’est ça qu’il faut assumer.
Eliane Tillieux ou Jean-Charles Luperto ?
Peut-être Eliane pour la fraîcheur. C’est quelqu’un qui est arrivé à la politique sans préoccupation de carrière, qui fait ça par conviction et par idéal. Je ne dis pas que Jean-Charles ne le fait pas par conviction et par idéal, mais on sent plus chez lui le souhait de bâtir une véritable carrière politique, avec ce que ça représente parfois comme problèmes.
Quelle est la plus grosse erreur de votre carrière ?
Probablement de ne pas être suffisamment combatif ; je suis peut-être trop consensuel, et pour faire une véritable carrière politique il faut être un peu belliqueux.
Si vous devez adresser un commentaire impertinent à Elio Di Rupo…
Je pense qu’il n’a pas réussi à faire suffisamment vivre le parti…
C’est encore rattrapable ?
Je crois que ce ne sera plus possible avec lui, parce qu’il est comme il est. Mais après, oui. L’arrivée prochaine d’une nouvelle présidente ou d’un nouveau président pourrait le permettre. Mais ici, on vient de connaître des années avec un régime présidentiel plutôt qu’un véritable brainstorming permanent.
Citez ce billet sur votre site :
Guy Milcamps : Liens
Guy Milcamps - Wikipédia
Guy Milcamps (Namur, le 11 mars 1951) est un homme politique belge, membre du Parti socialiste et actuellement bourgmestre de Ciney. [modifier] Carrière politiqueGuy Milcamps - Wikipédia
Contacter Guy MILCAMPS
Contacter Guy MILCAMPS. Parti Socialiste 13 Boulevard de l'Empereur B-1000 Bruxelles Téléphone : 00 32 (0)2 548 32 11 Télécopie : 00 32 (0)2 548.33.80Contacter Guy MILCAMPS
Centre International pour la Musique Chorale - CIMC
Guy Milcamps, fonctionnaire, place Monseu 1, à 5300 Ciney; 6. Jean-Marie Sevrin, indépendant, rue Frocourt 8, à 5050 Ehezée; 7. Jacques Calozet, fonctionnaire, rue HenriCentre International pour la Musique Chorale - CIMC
Commentaires
Pas de commentaires
Laissser un commentaire
Commenting is restricted to registered users only. Please register or login now to submit a comment.