Didier Gosuin

Profession : Député (bruxellois) – bourgmestre d’Auderghem (FDF) Age : 55 ans Signes particuliers : Didier approche de la retraite mais toujours pas du politiquement correct ou de la langue de bois. Ça fait tache, dans son parti et dans son cartel… Après trente ans de politique, avez-vous des désillusions ? Bien sûr ! [...] ...
Profession : Député (bruxellois) – bourgmestre d’Auderghem (FDF)
Age : 55 ans
Signes particuliers : Didier approche de la retraite mais toujours pas du politiquement correct ou de la langue de bois. Ça fait tache, dans son parti et dans son cartel…

Après trente ans de politique, avez-vous des désillusions ?
Bien sûr ! Mais je pense que c’est dans tous les métiers.
Notamment celle d’avoir été « évincé » de la course à la présidence du FDF voici un an et demi, sur « conseil » des autres cadres FDF ?
J’ai souvent vécu ça en politique. Le système politique est encore très figé et rigide, à la différence de la société civile qui est beaucoup plus mobile, et certainement du monde économique qui est, lui, d’une grande flexibilité. Le monde politique reste figé dans ses canevas et ses certitudes, ce qui fait sans doute ce décalage entre la vie politique et la vie citoyenne.
Vous en avez gardé une certaine amertume ?
Non, pas d’amertume. Sauf à en faire une analyse correcte du pouvoir. Notre démocratie est avant tout une particratie avant d’être une démocratie.
Vous comptez vous représenter un jour ?
Ce n’est pas dans mon agenda. Mais je suis de ceux qui comptent encore relever des défis. Il n’y a pas que le défi du FDF ou de l’institutionnel. Il y a d’autres défis et pour moi, actuellement, ils sont bruxellois.
Le gouvernement va s’élargir cette semaine à des secrétaires d’Etat. Ce ne serait pas un défi pour vous ?
Je ne fais pas partie de ceux qui attendent devant leur téléphone qu’on les appelle. Je n’ai jamais compté que sur mon travail et sur moi-même.
Le FDF, vous y croyez toujours ?
Je crois toujours aux idées. Les partis ont toujours été pour moi le moyen de les faire aboutir. Donc, tant que je peux peser, modestement ou non, sur la chose politique, je ferai de la politique. Pour cela, les partis ne sont que des moyens.

Si vous aviez été président du FDF, auriez-vous pu imaginer une sortie du cartel MR ?
Ça a fait partie de l’intoxication pour m’isoler. On disait qu’avec Gosuin, ce serait l’aventure. J’aurais sans doute poussé le FDF dans des réflexions sociales et économiques plus novatrices, et notamment à l’égard de Bruxelles, effectivement.
Plus novatrices qu’au MR ?
Plus novatrices que dans l’ensemble des partis. Je trouve qu’aujourd’hui, nous n’avons pas une vision et une analyse correctes de la situation sociale bruxelloise.
En abandonnant votre candidature à la présidence, vous aviez promis de tirer des leçons. C’est fait ?
J’ai tiré des leçons. Notamment en m’investissant à titre personnel dans un projet qui me tient à cœur, et que je vais bientôt pouvoir diffuser. J’ai compris qu’il faut un temps pour s’investir dans les arcanes du pouvoir à travers un parti. On voit parfois le retour qu’on peut en avoir. Ce temps-là est pour moi révolu. Je me suis mobilisé sur un autre défi. Un défi plus spécifiquement bruxellois. On verra ce que ça donnera. Mais ce ne sera pas nécessairement décliné en fonction d’une idéologie partisane particulière.
Il s’agira d’institutionnel ?
Rassurez-vous, je ne vais pas proposer une Xème réforme de l’Etat qui va mettre le pays cul par dessus tête, ou l’indépendance de Bruxelles pour en faire un Monaco. Je ne joue pas de ce pain démagogique.
Vous avez déploré il y a deux ans l’absence de front francophone. Il prend actuellement forme, selon vous ?
Ce que je disais est d’une cruelle actualité. Lorsque je me suis présenté à la présidence, on me disait « il y a un front francophone ». Je pense qu’aujourd’hui, on le cherche toujours ! Il y a bien une plate-forme Wallonie-Bruxelles, mais on n’en voit pas de retombées suffisamment significatives. Les Francophones sont toujours divisés sur la marche à suivre et les objectifs à atteindre.
A côté de cela, votre président, Olivier Maingain, tire toujours à boulets rouges en proposant un « Etat Wallobrux ». C’est une bonne proposition ?
Au jeu de la division, toutes les propositions sont intéressantes. Mais elles ne sont pas porteuses de sens à partir du moment où elles ne sont pas reliées par ce font francophone. Tous les efforts doivent mener à ce front. Ce n’est pas le cas aujourd’hui ! Les Flamands réfléchissent en termes de nation et de peuple, et peuvent mettre de côté leurs bannières partisanes. Nos partis politiques ne sont pas capables de le faire. Olivier Maingain tire les conclusions de cet échec, et fait donc des propositions comme président du FDF. La traduction est qu’il y a un vide sidéral.

Qu’elles-sont « vos » propositions pour Bruxelles et la Wallonie ?
Je suis davantage un régionaliste, parce que je trouve que sur un même territoire il faut de la cohérence dans les compétences. Ceci étant, je n’ai pas l’utopie de croire qu’on va pouvoir revenir au stade d’avant la réforme de 1980, c’est-à-dire la création des communautés, comme le proposent les auteurs du Manifeste bruxellois. L’effort qu’il convient de faire n’est certainement pas d’accroitre l’imbroglio institutionnel dans lequel on vit aujourd’hui. Il faut en tout état de cause, et là je suis sur la même longueur d’ondes que le MR sans être suivi par le PS et le cdH, rechercher une cohérence entre Francophones. Les ministres francophones bruxellois ne rencontrent que très rarement et n’ont pas de stratégie commune avec les ministres de la Communauté française, or ils sont du même parti ! S’il y a un travail à faire, c’est de recréer une cohérence entre les institutions. Au niveau bruxellois, c’est todi la même chose. On a des problèmes d’emploi (Benoît Cerexhe, cdH) et de formation (Françoise Dupuis, PS). Ils sont dans le même gouvernement et sont incapables d’avoir des stratégies communes. Là est le mal francophone. On a l’excès du particularisme. C’est notre faiblesse fondamentale.
Le 10 juin dernier, le MR est devenu le premier parti francophone, en grosse partie grâce au redressement du FDF. Le MR ne devient-il pas, tout comme le CD&V face à la N-VA, tributaire de son aiguillon communautariste ?
Sans doute à la différence du cartel, le MR a été créé sur un document fondateur dans lequel il y a les options d’organisation institutionnelle du pays, de défense des Francophones, et socioéconomiques. Largement inspiré d’ailleurs par le libéralisme social de Louis Michel. Ce n’est pas uniquement le FDF ou le MR qui ont adhéré à cela, c’est l’ensemble. Là est la différence avec le cartel qui ne résulte que d’« un » programme qui a uni « des » partis qui ont « des » programmes.
Le remplacement de Jacques Simonet au MR bruxellois par Françoise Bertiaux et Françoise Schepmans était-il judicieux ? N’aurait-il pas mieux valu que vous repreniez ce leadership ?
J’entendais encore Charles Picqué dire à RTL : « Gosuin, c’est un travailleur ». C’est ma philosophie. C’est ma manière de m’imposer et d’être crédible en politique. Après cela, il appartiendra à des responsables de faire des choix. Ce sera leur responsabilité.
Une qui doit être moins élogieuse, c’est Evelyne Huytebroeck, après les « compliments » que vous lui avez faits sur la gestion des pics de pollution…
Madame Huytebroeck est quelqu’un de sympathique dans son comportement, mais je n’apprécie guère sa méthode qui est de dire pendant quatre ans que rien n’a jamais été fait auparavant. Je trouve ça un peu dénigrant. Il vaudrait mieux consacrer son énergie à faire naître des projets. J’ai mis en place toute la collecte sélective, j’ai mis en ordre le droit environnemental régional, mais aussi une dynamique de rénovation des parcs, etc. Et je ne suis pas négatif ! Je me réjouis de voir que tout ce que j’ai lancé se poursuit !
Olivier Maingain ou Bernard Clerfayt ?
Dans la conjoncture institutionnelle actuelle, Olivier Maingain, parce qu’il ne faut pas changer l’attelage. Ce n’est pas maintenant qu’il faut changer la présidence. Et sur le plan de la vision de la ville et de la Région, je me sens proche de Bernard Clerfayt !
Françoise Bertiaux ou Françoise Schepmans ?
Ce sont des sensibilités complètement différentes. Françoise Schepmans vit une réalité sociale qui est totalement différente de celle que peut vivre Françoise Bertiaux. Je suis plus interpellé par des réalités sociales que vivent des communes comme Molenbeek. Je trouve qu’il y a un danger potentiel à ne pas prendre en compte l’effet réel d’une non-politique dans ces communes.
Didier Reynders ou Louis Michel ?
Didier Reynders a, à ce stade, une capacité de résistance qui le dessert peut-être, mais est réconfortant par rapport à la force d’un propos et le respect d’un programme.
Alain Destexhe ou Armand De Decker ?
Armand De Decker, ne fût-ce que parce que j’ai déjà travaillé avec lui. Je n’ai pas eu la chance de travailler avec Alain Destexhe, mais ça… je ne suis pas le seul !
Quelle est la plus grande erreur de votre carrière ?
De ne pas avoir suffisamment joué la logique de clan et de parti. J’aurais probablement eu un positionnement politique différent. J’ai un peu trop naïvement cru que le travail et les qualités personnelles étaient des arguments suffisants en politique. Il fallait aussi avoir une capacité d’homme de cour.
Si le FDF n’avait pas existé, dans quel parti auriez-vous milité ?
Si je suis rentré en politique, c’est parce que le FDF était porteur d’une organisation nouvelle de l’Etat qui aujourd’hui est acceptée par tous. Ensuite, c’est un parti anti-partis traditionnels, contre cette logique de découpage, de marchandage de l’Etat au profit des structures de partis. Je suis viscéralement attaché à la logique des contre-pouvoirs. Sans le FDF, je n’aurais probablement pas fait de politique, ou si Ecolo avait surgi à ce moment là, j’aurais probablement rejoint Ecolo. Même si je ne souscris pas aujourd’hui à l’analyse d’Ecolo qui est, comme Bayrou, un peu parti communiste, un peu UMP, un peu tout, qui a un discours dilué pour éviter de prendre certaines responsabilités et pour éviter de prendre des claques.
Si vous aviez été Français, pour qui auriez-vous voté ?
C’est le paradoxe. J’aurais voté Bayrou. Précisément parce que cet éclatement de l’Etat entre deux grands pouvoirs, c’est-à-dire l’Etat-Sarkozy et l’Etat-Ségolène, moi ça m’horripile. Mais de cœur, j’ai toujours été du mouvement radical de gauche, qui a toujours été une gauche intelligente, laïque, progressiste, non-clientéliste et qui accepte de parler un langage socialiste juste, comme un Zapatero qui fait en réalité du libéralisme social. Mais voilà, cette structure politique n’existe pas en Belgique. Parce que le poids de nos piliers, de nos mutuelles est tel que les Belges sont prédestinés à devoir subir ce jeu un peu médiocre du pouvoir.
Si vous deviez faire un commentaire impertinent à votre président de parti ?
Autant Olivier a un contact humain chaleureux, autant il devrait aller passer un stage à la Star Ac’ pour essayer de devenir plaisant. Si ce n’est pas possible, qu’il se foute des boucles dans le nez et une banane rouge sur sa tête. C’est un peu comme un Leterme, il y a des gens qui ont du mal à inspirer la sympathie naturellement. Il faut qu’ils aillent suivre un stage ! Parce que c’est un handicap. On peut à la fois avoir l’air ferme et sympa !
Et un commentaire à Didier Reynders ?
L’intelligence et la certitude de l’intelligence sont parfois un handicap au dialogue. Il doit essayer de ne pas se laisser enfermer. Bon, madame Milquet n’a pas une tête réjouissante quand on la voit, c’est le moins qu’on puisse dire, elle ferait même peur. Elle a un potentiel de refus qui est incroyable, n’empêche que les gens la trouvent sympa. C’est peut-être dû à sa gestuelle télévisuelle : elle est complètement déglinguée, donc on se dit qu’elle doit être rigolote ! Reynders parait intelligent, mais on se dit : « Oui, c’est bien, mais c’est trop beau. On n’ose pas y toucher ». Il a un vrai problème de contact, d’ouverture et de spontanéité.
Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?
Quelqu’un qui a bossé comme un fou, honnêtement, qui a fait progresser des dossiers et apporté des changements dans la société publique dans laquelle il travaillait.




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Didier Gosuin est un homme politique belge, né le 9 juillet 1952 à Ixelles. Il assume les fonctions de bourgmestre de la commune de Auderghem depuis 1995 et de député de la
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